Une bonne année répare le dommage des deux mauvaises (Voltaire)

 

Le 7 janvier 2015
 
En bref :
 
  • Que réserve 2015, bon ou mauvais ?
  • Profiter d’un moment favorable ?
  • De l’interprétation des chiffres…
 
 
Le Billet n’est pas mort, il a un peu hiberné. Il revient !
 
Chers Lecteurs,
 
Tant de choses à dire et à commenter depuis le dernier Billet. Avant tout, nous souhaitons à tous une vraiment bonne année 2015. Plus que d’habitude, on se prend à espérer qu’elle sera meilleure que la précédente, sans plus de précision. Mais, ce n’est pas notre habitude.
 
Voyons pour commencer ce qui pourrait vraiment nous embêter en 2015.
 
Peu de chance de voir le niveau de chômage baisser significativement (même si plusieurs pays montrent de bonnes statistiques) : la machine économique globale est grippée pour quelque temps encore. La Grèce souffle à nouveau sur les braises du marché obligataire, et plus loin, les pays en développement (du bas de tableau) qui ont augmenté leur endettement à la faveur des taux bas pourraient souffrir et nous contaminer car du côté du dollar notamment les taux longs risquent bien de remonter. Super-prudence de mise pour cette classe d’actif donc.
 
Le marché des actions pourrait apporter encore des satisfactions, ce qui ne veut pas dire que les entreprises, en général, s’en sortiront sans trop de soucis. Les PME resteront sous pression : le manque d’appétit pour la consommation et leur implication très locale pèseront sur les carnets de commande. Et le risque de déflation ? Il est bien présent, notamment en raison de la baisse du prix du pétrole que ne compense pas la remontée du dollar.
 
Ailleurs, le pari japonais d’atteindre 2% d’inflation est plus que compromis et pour s’attaquer aux déficits publics il faudra se résoudre à monter les taxes, ce qui influera négativement sur la croissance espérée. La croissance de la Chine sera encore un peu plus faible et le nouveau numéro 1 mondial commence à prendre les mauvais plis de ce nouveau costume avec des visées territoriales non déguisées. De plus, pour la première fois, on devrait compter plus d’investissements de la Chine hors des frontières que d’investissements étrangers sur le territoire.
 
Et du côté du meilleur ?
 
Il est plus facile de décrire ses craintes que ses espoirs, particulièrement en économie. Pourtant, nos pays bénéficient d’un grand atout actuellement : baisse de l’euro et du prix du pétrole avec de grands efforts pour faire diminuer le coût du travail et quelques politiques fiscales accommodantes. Si on ajoute de bons pronostics de croissance pour la plupart des pays hors UE, et notamment aux USA, on peut tout de même envisager que nos entreprises vont enfin en tirer avantage.
 
Mais pour nous, le meilleur doit venir de changements de mentalité, d’une remise en cause des structures sociales et de certains dogmes. Le succès de M. Piketty est, à ce sujet, significatif. Toutes les commémorations de la Grande Guerre ouvrent bien des yeux sur les pourquoi et les comment, sur les risques qu’entraîne le gap grandissant entre favorisés et non favorisés. Les idées courent, les mots volent, mais progressivement les regards changent et les pensées s’ouvrent.
 
A titre d’exemple, vous pourrez lire ci-après quelques extraits d’un article d’opinion venant de deux chercheurs belges. Les lecteurs Français, Suisses et Luxembourgeois pourront adapter à leur pays, le plus important c’est justement l’angle de réflexion. Même si nous ne partageons pas toutes les idées et points de vue, il n’empêche que certains murs doivent être abattus pour qu’on puisse voir l’horizon…
 
Bonne année, bonne journée et merci pour votre fidélité,
 
Marc Gilson
 
 
 
Une opinion de Nicolas Solonakis, doctorant en histoire économique à l’université de Gand et de Ludovic Suttor-Sorel, secrétaire adjoint de la conférence des 19 Centres Publics d’Aide Sociale (CPAS) de Bruxelles.                     Source : Lalibre.be du 5/1/2015

 (…) Cette indigence du débat sur le fondement des réformes contribue assurément à entretenir l’inaction et l’apathie des larges franges de la population qui ne se positionnent pas, et dont le silence est brandi par le gouvernement et ses soutiens comme une preuve d’assentiment, selon le bon vieil adage du "qui ne dit mot consent". Mais ces cohortes d’indécis montreraient-elles autant de désinvolture si elles disposaient d’une information qui déconstruise la propagande sur la prétendue nécessité de l’austérité budgétaire ? Rien n’est moins sûr.
L’heure est donc venue de parler chiffres. Car, si le démographe français Alfred Sauvy disait que "les chiffres sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce qu’on veut leur faire dire" , il n’en est pas pour autant permis de ne rendre aucun compte à la réalité statistique.
C’est sans doute l’un des lieux communs les plus ressassés ces dernières semaines : puisque nous vivons plus longtemps, il faut travailler plus longtemps. Outre l’évidence selon laquelle, au XXe siècle, l’abrégement des carrières a précisément contribué à augmenter l’espérance de vie et que, dès lors, inverser la causalité est une ineptie, tout le monde semble se satisfaire de l’argument du vieillissement de la population pour justifier le recul de l’âge de la retraite et la révision à la baisse du montant des pensions.
Pourtant, estimer la soutenabilité financière des pensions par le seul ratio des "inactifs" et des "actifs" n’a aucun sens. Ce qui compte, ce n’est pas le rapport démographique, mais le pourcentage du PIB dévolu au financement des pensions, car au fur et à mesure que leur coût augmente, la productivité des actifs - et donc la richesse produite - augmente également. Actuellement, l’Etat belge consacre 10,6 % de son PIB aux retraites (soit environ 41 milliards d’euros). Or, qu’en est-il des projections sur le long terme ? D’après le scénario de référence du Comité d’Etude sur le Vieillissement, en 2060, la part du PIB dévolue aux pensions passera à 14,7 %. Et selon le scénario le plus pessimiste (1,2 % de croissance moyenne annuelle), cette part atteindrait 16,3 %.
Ainsi, ce qui nous est présenté comme une épreuve insurmontable consiste à transférer, en quarante-six ans, au maximum 5,7 % du PIB en plus aux pensions… Il ne s’agit donc pas d’un problème de soutenabilité financière, mais d’une question de répartition de la richesse nationale. Une semblable négligence des chiffres concerne le chômage, dont le financement représente en tout et pour tout 9 milliards d’euros, soit moins de 2,5 % du PIB. Prétendre réaliser de substantielles économies en restreignant les allocations d’insertion et en durcissant les conditions d’octroi du chômage relève dès lors de l’escroquerie intellectuelle.
D’autant plus si on les compare à la fraude fiscale (22 milliards, soit 5,6 % du PIB), au profit net des entreprises - qui atteignait 30,5 milliards en 2013, soit 7,7 % du PIB - ou aux 45 milliards d’euros (11 % du PIB) alloués au remboursement de la dette publique, dont une grande part résulte des intérêts payés aux banques privées depuis que le traité de Maastricht de 1992 contraint les Etats à emprunter aux marchés financiers plutôt qu’à leur Banque centrale à des taux plancher…
Alors pourquoi l’austérité ? La rengaine est toujours la même : parce que les finances publiques sont dégradées. Mais à qui la faute ? Contrairement à l’idée reçue, ce ne sont pas les dépenses publiques excessives de l’Etat qui sont en cause - elles stagnent aux environs de 43 % du PIB depuis 1980 -, mais plutôt l’insuffisance de ses recettes. Ainsi, entre 1986 et aujourd’hui, le taux nominal de l’impôt des sociétés est passé de 45 % à 34 %, et le taux effectif a été divisé par deux entre 2001 et 2009.
Pourquoi ne pas revoir la taxation sur le capital ? Cela briderait-il l’investissement ? L’argument n’est pas recevable : depuis 1981 environ, le taux d’investissement des entreprises connaît des minima historiques alors que leur taux de profit a explosé. Les défiscalisations stimulent donc les dividendes et la spéculation boursière plutôt que l’investissement. Certes, la liberté absolue de circulation des capitaux amenée par le traité de Maastricht expose les Etats à la fuite de ceux-ci en cas de taxation jugée incommodante, mais il faudrait alors conclure à la nécessité d’une remise en cause du cadre juridique européen de libre-échange, plutôt que se résigner à l’injustice sociale. En plus de s’être révélés inefficaces en termes de croissance, les privilèges accordés au capital empêchent les finances de l’Etat d’accéder à des sommes qui pourraient résorber le déficit public et contribuer davantage au financement des dépenses sociales.
 
Point de fatalité, donc, dans le programme de la Suédoise (NB : majorité de droite à la tête de la Belgique), mais des choix de société qui ménagent certains intérêts - en l’occurrence ceux du capital - en mettant à contribution les travailleurs, les allocataires sociaux et les pensionnés. Si le détour par ces quelques chiffres a pu nous en convaincre, il aura fait œuvre utile. Comme le disait encore Sauvy, "bien informés, les hommes sont des citoyens; mal informés, ils deviennent des sujets".




 Mots-cls : Solonakis   marchés   taux   


Post par Marc Marc le 07-01-2015