Il va pleuvoir des euros…

 

Le 22 janvier 2015
 
En bref :
 
  • Le pari de la dernière chance ?
  • Une nouvelle chance pour les Etats
  • C’est toujours compliqué dans l’UE
 
 
Donc, après les USA, le Royaume Uni, le Japon, la BCE va acheter des obligations d’Etat (aux détenteurs institutionnels), notamment, pour injecter des liquidités dans l’économie. Et en croisant les doigts pour que ça marche…
 
 
 
Si on en croit le professeur d’économie Paul De Grauwe (London School of Economics) : « Depuis 2012, la BCE a diminué le montant des liquidités : il y a eu une diminution de la base monétaire de 1 000 milliards d’euros tandis que dans le même temps, la Réserve fédérale américaine augmentait le montant des liquidités de plus de 1 000 milliards de dollars. En zone euro, on a fait l’inverse du "quantitative easing". On fait du "quantitative restriction" depuis deux ans maintenant. Il est temps que l’on change de politique. »
 
Cette mesure vient donc assez tard mais on doit espérer qu’elle vient tout de même à temps pour endiguer la déflation. Car c’est elle, l’ennemi! Mario Draghi bénéficie du support de la majorité des directeurs de la BCE et il ose enfin aller à l’encontre des oppositions allemandes.
 
Un bon article du capital.fr explique ce qu’est l’assouplissement quantitatif ou QE. Voir ci-après.
 
Le distingué professeur (car tous les économistes se doivent d’être distingués) estime aussi qu’il ne faut pas se laisser contraindre par ceux qui se méfient des émissions obligataires des Etats, redoutant les dérapages budgétaires. Comme nous l’avons souvent répété, il faut bien faire la distinction entre les emprunts destinés à financer des investissements générateurs de revenus futurs et ceux qui ne servent qu’à couvrir les dépenses courantes. Les premiers sont à favoriser, et c’est probablement le but poursuivi par la BCE.
 
Comme l’explique l’article ci-dessous, d’un coup de sa baguette magique, la BCE va rendre une vraie crédibilité aux émetteurs nationaux et même les encourager à émettre de nouveaux emprunts. C’est là que la surveillance de la Commission Européenne, chargée de veiller au respect des critères de Maastricht, sera le contrepoids potentiel.
 
Une nuance importante : la BCE agit indépendamment et dans un but économique, la Commission agit selon les influences des Membres et dans un but politique…
 
Qui sera le plus fort ? Et qui profitera vraiment du QE à la sauce européenne ? Le QE risque bien de devenir l’autre QE : le Quotient Emotionnel, celui qui complète ou s’oppose au Quotient intellectuel…
 
 
Bonne fin de journée,
 
Marc Gilson
 
 
Les clés pour comprendre le quantitative easing de la BCE (21/1/2015)
 
…Déjà, la semaine passée, la décision surprise de la Banque nationale suisse de laisser flotter sa monnaie face à l’euro a renforcé l’imminence d’une intervention de la BCE. Et lors de la présentation de ses vœux aux entreprises, le président François Hollande a gentiment grillé la politesse de Mario Draghi par cette petite phrase : « la Banque centrale européenne va prendre jeudi la décision de racheter des dettes souveraines, ce qui va donner des liquidités importantes à l économie européenne ».
 
Voilà ce qu’est le quantitative easing : un rachat de dettes d’Etat.
 
Cette mesure, exceptionnelle, est envisagée lorsque les outils conventionnels n’ont pas abouti. En règle générale, l’arme de la BCE c’est le taux directeur. Celui-ci, fixé par l’institution, détermine à quel taux d’intérêt se refinancent les banques auprès de la BCE. En influant sur ce paramètre, chaque banque centrale tente de juguler le niveau d’inflation. Mais ce système a ses limites et lorsque les taux directeurs sont proches de zéro, la BCE peut prendre d’autres mesures dites non conventionnelles.
 
La BCE va injecter progressivement des centaines de milliards d’euros dans l’économie. Dans les faits, la Banque centrale européenne va augmenter la taille de son bilan. Elle en a d’ailleurs précisé l’ampleur : 1.000 milliards d’euros. Pour cela, rien de plus simple, ce n’est qu’une ligne d’écriture, ce que l’on appelle aussi « la planche à billets ».
 
Le quantitative easing : une simple ligne d’écriture … en théorie
 
Après avoir passé cette ligne de crédit, la BCE pourra donc acheter directement, à moins que ce ne soit les banques centrales nationales qui s’en chargent, des emprunts d’Etats détenus par les banques ou les compagnies d’assurances par exemple.
 
Ce faisant, ces établissements se retrouveront avec une manne de cash - et aussi l’assurance que les emprunts d’Etats ne sont plus risqués (puisque la BCE les rachète) – qu’ils pourront, en théorie, prêter plus facilement aux entreprises et aux ménages, les vrais acteurs de l’investissement et de la consommation donc de la croissance. Enfin, lorsque les emprunts arriveront à leur terme, la BCE se fera rembourser par les Etats émetteurs (toujours dans l’hypothèse où ils ne font pas défaut). Sa ligne de cash sera alors reconstituée et elle pourra l’effacer.
 
Au-delà de la théorie, les précédents QE mis en place aux Etats-Unis, dès 2008, ou en Grande Bretagne, montrent qu’ils profitent surtout à la sphère financière mais touchent peu l’économie réelle.
 
La puissance d’un QE dépend de plusieurs critères
 
Un assouplissement quantitatif peut être plus ou moins puissant. En général, seule une banque centrale peut réaliser ce genre d’opérations mais dans le cas de la BCE, elle peut demander aux banques centrales nationales de faire le travail à sa place.
 
Bien sûr, la portée est plus significative si elle s’en charge elle-même. Le montant a aussi son importance et en la matière l’unité de mesure est la centaine de milliards d’euros. L’enveloppe doit être suffisamment épaisse pour racheter tous les titres qui seront proposés. La durée est aussi un élément important. Plus elle est longue, plus elle est efficace notamment sur les taux d’intérêt (on assiste en général à une baisse des taux longs, comme ce fut le cas aux Etats-Unis).
 
Enfin, il faut savoir quels types d’actifs sont rachetés. Bien sûr, une telle opération porte essentiellement sur des emprunts souverains mais une banque centrale exigeante peut décider de n’accepter que les meilleures notes (un rating de AA par exemple). Si elle veut se montrer efficace, elle acceptera un éventail plus large d’emprunts pouvant aller jusqu’à certaines obligations d’entreprise.




 Mots-cls : Europe   BCE   euro   


Post par Marc Marc le 22-01-2015